Petite sélection des expos de mars

Même si Mademoiselle Bon Plan est le blog d’une Parisienne de cœur, nous n’hésitons pas à promener nos gambettes ailleurs que dans la capitale.

Ce mois-ci, je vous emmène à Nantes à la rencontre de l’artiste nîmois Claude Viallat. Puis direction Nogent-sur-Marne pour découvrir l’œuvre d’un jeune Thaïlandais. De là, nous partirons pour Beauvais, où se tient une exposition sur un peintre français méconnu de l’entre-deux-guerres. Je vous emmènerai ensuite dans une ancienne abbaye cistercienne du Val-d’Oise reconvertie en site d’art contemporain. Enfin, retour à Paris, avec une exposition sur le graffiti et une annonce sur un festival montréalais qui arrive pour la première fois à la Cité de la Mode et du Design.

Bref, ce billet, en plus de vous faire part de nos coups de cœur culturels, est aussi l’occasion de réviser sa géographie.

Claude Viallat au Musée des beaux-arts de Nantes

D’une ville portuaire à l’autre… Lors de la Biennale de Venise en 1988, Claude Viallat avait choisi comme support de ses oeuvres des voiles. Une trentaine d’années plus tôt, en 1965, il réalise La Vague, hommage à Matisse. Le Rhône, la Camargue, la Méditerranée sont des milieux que l’artiste connaît bien et dont il récupère ce qu’ils rejettent : bois flottés, cordages, éléments de filets.

C’est donc tout naturellement que le Musée des beaux-arts de Nantes, qui possède par ailleurs deux œuvres de Claude Viallat dans son fonds, s’est tourné vers le thème de la mer. Voiles, cordes, filets, parasols… l’exposition réunit une trentaine d’œuvres de 1965 à 2015.

Claude Viallat affronte l’espace de la chapelle de l’Oratoire reconvertie en lieu d’exposition depuis les années 1990. Une gigantesque voile en diagonale surmontée d’un filet, deux verticales : les grandes lignes sont posées.

Les objets disposés en triangulation relancent le regard. C’est aussi à un dialogue avec les éléments du décor de la chapelle que l’artiste nous convie.

Sur les murs, Viallat a posé des voiles/toiles non tendues, affranchies de leur châssis, accrochées avec le moins d’attaches possible pour les laisser se déployer librement. On découvre aussi des filets, des cerceaux, des parasols.

Des cordes et des nœuds sont posés sur la pierre du sol. Seule œuvre de l’exposition sur châssis, La Vague, hommage à Matisse, l’un de ses maîtres avec Picasso et Chabaud.

L’artiste l’a réalisée en 1965, un an avant de mettre en place son « système », une forme d’osselet qu’il répète depuis sur toutes ses oeuvres et qui lui laisse une grande liberté pour expérimenter les couleurs.

Dans son atelier nîmois, Claude Viallat n’hésite pas à marcher sur ses toiles, gigantesques, posées au sol. « Je ne veux rien et j’accepte tout », aime-t-il à dire, lui qui ne revient jamais sur ses œuvres.

Enfant, il regardait comment les bateaux étaient amarrés. De là sans doute son intérêt pour les points de passage des civilisations comme le nœud, l’arc ou la flèche. Les supports sur lesquels l’artiste travaille sont variés.

Ce sont des objets qu’il récupère ou qu’on lui donne, telle cette yourte dont il ne sait encore que faire. De nouveaux supports qui font entrevoir autant de nouveaux possibles à cet artiste curieux qui peint trois ou quatre toiles chaque jour.

À Nantes, Claude Viallat livre une installation unique et transforme la chapelle de l’Oratoire en navire avec ses voiles flottant au vent. Prêts à embarquer ?

Exposition Claude Viallat – Voiles, cordes, filets, parasols…
Jusqu’au 17 mai 2015
Chapelle de l’Oratoire
Nantes
Ouverte tous les jours sauf mardi de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 20h
Plein tarif 2€ – Tarif réduit 1€
Le bon plan : Gratuit le jeudi de 18h à 20 h et le 1er dimanche du mois

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Mongkut d’Arin Rungjang à la Maison d’Art Bernard Anthonioz

Ou l’histoire d’une couronne royale en trois actes avec épilogue. La huitième édition de la programmation Satellite du Jeu de Paume réunit quatre artistes asiatiques, dont Arin Rungjang. Cet artiste thaïlandais né en 1975 à Bangkok propose à la Maison d’Art Bernard Anthonioz, à Nogent-sur-Marne, une œuvre intitulée Mongkut, composée de deux vidéos et d’une installation.

La couronne, c’est celle de Rama IV, quatrième roi de Siam (1804-1868), appelé aussi roi Mongkut, « couronne » en thaï. À l’époque, le souverain fait réaliser deux copies de sa coiffe royale pour les offrir à la Grande-Bretagne et à la France en guise de cadeaux diplomatiques. C’est ce présent inestimable qui, dit-on, aurait préservé l’indépendance, relative, du royaume de Siam.

Considéré comme sacré, l’original n’était pas visible par ses sujets et ne l’est toujours pas aujourd’hui par le grand public. De même, l’existence de deux répliques à l’étranger a longtemps été tenue secrète en Thaïlande. Pour voir la couronne, Arin Rungjang s’est rendu au musée d’art chinois de Fontainebleau, siège de la réplique offerte à l’empereur Napoléon III en 1861.

C’est le sujet de sa première vidéo. Un jeune homme déambule seul dans les salles du musée tandis qu’une voix-off nous livre un compte-rendu de l’histoire des relations franco-siamoises ainsi qu’une présentation de la couronne.

Arrivé face à la réplique, le jeune homme entreprend de la numériser avec un scanner 3D portatif. Objectif : réaliser une copie de la réplique.

Ce travail, Arin Rungjang le confie à une jeune femme, dont le portrait constitue la seconde vidéo. Woralak Sooksawasdi na Ayutthaya n’est autre que l’arrière-arrière-arrière-petite fille du roi Mongkut.

Dans cette vidéo, la jeune femme évoque son grand-père, fabricant artisanal de masques. On la voit au travail dans son atelier, au milieu de ses instruments.

La troisième partie de l’exposition présente le chef-d’oeuvre achevé de Woralak Sooksawasdi na Ayutthaya.

Avec cette exposition, Arin Rungjang livre une réflexion passionnante et pleine d’ironie sur le statut de l’original et de la copie en s’amusant à brouiller les pistes. Dès le départ, la valeur du présent fait à la France a d’ailleurs été discutée. S’agissait-il, comme le disait la légende, de la coiffe du père du roi ou d’une simple réplique ? En étant elle-même copiée, la réplique offerte à Napoléon III acquiert-elle un nouveau statut ?

L’artiste apporte également sa contribution à la réflexion sur les rapports entre tradition et modernité : si la copie de la réplique est produite à partir d’un dessin numérique, elle est en revanche réalisée par une jeune femme qui s’inscrit dans un savoir-faire familial traditionnel. Loin de s’opposer, tradition et modernité sont ici complémentaires. Et c’est une autre ironie que cette descendante d’artisans qui fabrique une couronne pour une exposition d’art contemporain.

Le statut de l’œuvre est aussi au cœur de la réflexion de l’artiste : si la copie de la couronne présentée dans l’exposition relève, aux yeux du visiteur, d’une installation d’art contemporain, elle serait considérée en Thaïlande comme un quasi sacrilège et par conséquent impossible à montrer.

À travers l’histoire de la couronne royale de Siam, Arin Rungjang s’interroge enfin sur les rapports parfois ambigus entre l’Occident et la Thaïlande à travers l’histoire. Le don des deux répliques au 19e siècle à la reine Victoria et à l’empereur Napoléon III était-il réellement un acte d’allégeance de la part du roi de Siam aux puissances colonialistes occidentales ?

Avec Mongkut, Arin Rungjang nous pose une foule de questions sur notre rapport en tant d’Occidentaux au reste du monde. Il nous convie à un voyage fait d’allers-retours entre la Thaïlande et la France à travers plusieurs époques et plusieurs mondes.

Epilogue : la réplique de la couronne royale abritée à Fontainebleau a été volée le 1er mars dernier avec une quinzaine d’autres objets. À l’instar de l’original du roi de Siam, la réplique offerte à Napoléon III se dérobe à son tour au regard, laissant la copie commandée par Arin Rungjang reprendre le fil de l’histoire…

Mongkut d’Arin Rungjang
Jusqu’au 17 mai 2015
Maison d’Art Bernard Anthonioz
16, rue Charles VII – Nogent-sur-Marne
Ouvert au public, les jours de semaine de 13h à 18h, les samedis et dimanches de 12h à 18h / fermeture les mardis et les jours fériés
Le bon plan : l’entrée est libre

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Amédée de la Patellière, les Éclats de l’ombre
au Mudo-Musée de l’Oise

Après plusieurs années de travaux, le Mudo-Musée de l’Oise rouvre  ses portes pour nous offrir une exposition formidable sur un peintre français méconnu présentée dans le châtelet d’entrée et l’aile du 18e siècle. Ce peintre, c’est Amédée de la Patellière.

Amédée de La Patellière naît en 1890 dans la région nantaise. Il commence à peine sa carrière lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Le jeune homme fait partie de cette génération sacrifiée, lui qui ne sera démobilisé qu’en 1919 et mourra d’une septicémie en 1932, des suites probablement d’une blessure de guerre mal soignée. Sur le front, le peintre ne montre jamais les combats de manière directe.

Les soldats sont représentés pendant leurs moments de pause, souvent de dos, par exemple, lorsqu’ils jouent aux cartes. Les ravages du premier conflit mondial sont en revanche visibles sur ses aquarelles très touchantes d’arbres morts, mutilés par les obus. La violence, que le peintre tient à distance, surgit dans la douceur de ces teintes délavées.

Après la guerre, Amédée de La Patellière renoue avec les grandes compositions qu’il avait commencé à explorer. Très structurés, ses tableaux mêlent éléments réalistes et géométriques – sous l’influence des cubistes.

Le peintre retrouve la nature, qu’il chérit tant. Personnelle, sa palette est composée de bruns et d’un beau vert émeraude qui va s’imposer de plus en plus. Une vache par ci, un cheval par là… les animaux sont très présents dans ses tableaux, témoignage de la proximité de l’artiste ( qui est aussi cavalier) avec les animaux.

En 1928, Amédée de La Patellière peint « Baigneuses à Bandol ». Le sujet est dans l’air du temps, c’est l’époque des vacances à la mer.

Le vert émeraude si particulier présent dans les premières œuvres s’impose magistralement dans cette composition faite de plans horizontaux. Les baigneuses s’enfoncent dans l’eau, et on aimerait les rejoindre.

Amédée de La Patellière n’est cependant pas qu’un peintre terrien. L’onirisme traverse certaines de ses œuvres. « La Conversation dans l’atelier », œuvre de 1927, donne à voir une scène étrange, presque inquiétante.

C’est en effet une drôle de conversation que le peintre représente puisque les trois femmes qui se détachent sur un rouge profond sont muettes. Les couleurs sont sourdes. La lumière est malgré tout présente, renvoyée par les bijoux des belles, bagues et boucles d’oreilles.

Au cours de sa carrière, Amédée de La Patellière a réalisé peu d’autoportraits. « Le Philosophe à la bouteille » est-il une représentation de lui-même déguisé ? C’est en tout cas ce qu’affirmait son ami Giono, pour lequel Amédée de La Patellière avait illustré son premier roman, « Colline ».

On ne sait si le personnage au visage masqué par un chapeau dort… La chouette, elle, semble veiller sur la scène. À force de regarder le tableau, on se sent comme emporté au-delà de la scène représentée. « La peinture, c’est l’art de faire passer la nature sur le plan spirituel, à l’aide des seuls moyens plastiques », disait l’artiste. C’est bien cela que l’on ressent.

Amédée de La Patellière, peintre indépendant qui a creusé tout au long de sa carrière son propre sillon, ouvre une fenêtre sur une autre dimension et nous emmène avec lui dans un lointain, avec ses animaux, loin du bruit et de la fureur de la guerre, au calme.

Après l’exposition sur Amédée de La Patellière, ce serait dommage de ne pas grimper au grenier du musée découvrir « Axis Mundi », œuvre de Charles Sandison, un artiste plasticien britannique. Le lieu a de quoi titiller l’inspiration créatrice : 500 mètres carrés d’espace sous une charpente du 16e siècle avec près de 15 mètres de hauteur.

Dans l’espace plongé dans l’obscurité, on découvre des mots mouvants, projetés sur le sol, les poutres et les murs par 16 ordinateurs. Ces mots sont en lien avec l’histoire du palais et du musée. Il y a par exemple un poème du 15e siècle de Jehan Regnier, retenu captif dans l’attente d’une rançon dans la tour Beauvisage du palais épiscopal et qui rédigea des poésies réunies sous le nom de « Fortunes et adversités ».

Avec son œuvre, Charles Sandison donne à voir des pans de mémoire de ce lieu chargé d’histoire, une partie de son image mentale. Dans la religion, l’axis mundi est l’axe autour duquel tourne le monde, l’axe cosmique, mais aussi la connexion entre le Ciel et la Terre.

Avec « Axis Mundi », le grenier du musée devient un pont entre deux mondes, un lien entre les dimensions terrestre et spirituelle, une démonstration brillante et sensorielle que la culture, si l’on en doutait encore, élève nos âmes.

Le musée offre également un fonds permanent très intéressant, avec une collection du 19e siècle. Alfred Sisley, Corot, Ingres vous attendent notamment, ainsi que « L’enrôlement des volontaires » de Thomas Couture, la plus grande toile du musée, destinée initialement à décorer l’Assemblée nationale.

A noter : une table tactile composée de plusieurs applications (puzzle, frise chronologique etc .) permet aux visiteurs de tout âge de prolonger la visite. Le fonds du 20e siècle devrait ouvrir au public dans quelques années.

Amédée de la Patellière, les Éclats de l’ombre
Jusqu’au 30 juin 2015
Axis Mundi de Charles Sandison
Jusqu’au 30 septembre 2015
Mudo-Musée de l’Oise
Beauvais

Tous les jours de 11 h à 18 h sauf le mardi et certains jours fériés : lundi de Pâques, vendredi 1er mai, lundi de Pentecôte, mercredi 11 novembre
Le bon plan : l’entrée est gratuite et c’est l’occasion de découvrir, à deux pas du musée, la cathédrale de Beauvais

Se rendre au musée en voiture
Situé à 1h de Paris, le MUDO – Musée de l’Oise bénéficie de grands axes routiers rejoignant la capitale par l’A16 ou la RN1, Amiens par l’A16, Rouen par la RN 31 ou Lille par l’A16 et l’A1
Se rendre au musée en transport en commun
La gare SNCF est située à 15 minutes à pied du musée en traversant le centre-ville
Des lignes de bus desservent le centre ainsi que des taxis stationnés aux abords de la gare
Lignes 2-3-4-5-6-9 : arrêt cathédrale

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Un autre rêve de Ken et Julia Yonetani à l’abbaye de Maubuisson

Maubuisson n’est pas un lieu anodin. C’est à l’origine une abbaye cistercienne de femmes, fondée en 1236 par Blanche de Castille. En 1793, après la Révolution, le lieu est vidé suite à la vente aux Biens nationaux. Au 19e siècle, on s’en sert comme carrière de pierres.

Résultat : les trois quarts des bâtiments sont démantelés. Racheté par le Conseil général du Val d’Oise, le site accueille depuis 2004 deux expositions monographiques par an. À la tête de cette petite équipe très dynamique : Isabelle Gabach, qui s’enthousiasme pour l’œuvre de deux artistes nés à Tokyo, Ken et Julia Yonetani. Elle les contacte, ils découvrent le site, le coup de cœur est réciproque.

Le lieu en pierres, chargé d’histoire, avec des hauteurs sous plafond et des croisées d’ogives, est le décor idéal pour un conte de fées. Mais l’histoire que nous racontent Ken et Julia Yonetani, même si leurs images sont belles, est glaçante.

Un somptueux chandelier accueille les visiteurs dans le hall d’entrée… « Grape Chandelier » est composé de plus de 5 000 grains de raisins en sel. En 2010, le duo japonais effectue une résidence dans une région australienne maraîchère confrontée à une salinité des sols due à une irrigation excessive.

C’est pour mettre en avant ce problème écologique que les deux artistes réalisent depuis des sculptures en sel. La technique est rodée : il s’agit de trois types de sels différents, compactés dans des moules en silicone. Alors, les grains de raisins du chandelier sont certes beaux, mais absolument immangeables. La récolte est bien amère… Le chandelier des Yonetani pourra-t-il éclairer notre lanterne et ramener l’homme à la raison ?

Dans la salle du Parloir, les artistes ont accroché aux murs cinq cadres en sel, réalisés à partir de la même technique que le chandelier. « The Five Senses » renvoie aux « Allégories des cinq sens », une série de cinq tableaux représentant les personnifications féminines des sens peints par Jan Brueghel l’Ancien et Pierre Paul Rubens en 1617 et 1618.

On peut d’abord y voir un clin d’œil du duo d’artistes japonais à deux autres artistes ayant de leur temps collaboré. Mais ici, les cadres n’encadrent rien. Les cinq sens ont disparu. Ne reste qu’un vide, peut-être créé par le sel lui-même, lui qui ravage tout. Pour combler ce vide, nous pouvons faire appel à notre sixième sens, l’imagination, mais c’est une bien maigre consolation.

Avec « The Last Supper » (La Cène), produite pour la salle du Chapitre, Ken et Julia Yonetani nous convient à un drôle de banquet. La référence à l’histoire de l’art et notamment à la Cène de Léonard de Vinci est directe. Sur la table en sel tout en longueur se déploie un festin, lui aussi fait de sel : salières (13, le chiffre n’est pas anodin), pain, raisins, huîtres, croissants…

On est d’abord saisi par la beauté de la sculpture, mais la fascination cède bientôt la place à un malaise. La profusion devient inquiétante, tout autant que la blancheur des aliments, accentuée par la lumière artificielle. Cette nourriture n’a plus rien de naturel, elle a perdu de sa saveur.

Avec cette œuvre, les artistes questionnent notre société de consommation et de gaspillage. On pense aussi à Tchernobyl, à Fukushima. Le banquet des Yonetani pourrait bien préfigurer le « dernier repas » qui sera servi à l’humanité avant sa disparition.

Dans la salle des Religieuses nous attend « Crystal Palace« , du nom du grandiose bâtiment tout en verre conçu pour l’Exposition universelle de Londres de 1851 qui brûla en 1936. La salle est plongée dans l’obscurité. Au plafond sont accrochés des lustres fluorescents. L’impression est saisissante. Chaque lustre, composé de billes d’uranium, représente une nation qui produit de l’électricité à partir du nucléaire. Plus sa production est importante, plus le lustre est grand. La France est bien placée.

Ken et Julia Yonetani livrent ici une illustration très personnelle de la fuite en avant de l’humanité, peu soucieuse du long terme, et laissent préfigurer une sinistre fin, comme le titre de l’œuvre le suggère.

« Three wishes » (« Trois vœux ») ne fait rien pour nous rassurer. Il s’agit d’une petite boîte à musique qui diffuse « It’s a small world », composé pour le Pavillon des enfants du monde. Il s’agit d’une attraction créée par Disney avec l’UNICEF en 1964 pour la Foire internationale de New York. À l’époque, on voit dans l’atome une source d’énergie propre et sûre.

Quelques années plus tôt, Disney a d’ailleurs vanté ses mérites dans un livre intitulé « Notre ami l’atome ». Une belle fable pour petits enfants… L’intérieur de la boîte à musique contient un petit personnage féminin, sorte de fée Clochette.

Mais voilà, les ailes de cette fée sont en réalité celles d’un papillon taxidermé dont l’œuf a été collecté non loin de Fukushima, dans le cadre d’une étude scientifique. Cette étude a montré que les papillons irradiés présentaient des malformations et des mutations génétiques. La petite fée post-atomique a pris du plomb dans l’aile… À travers cette œuvre minuscule, Ken et Julia Yonetani mettent en lumière les ravages que peut provoquer le nucléaire.

Ironie ou présage, la vision de l’humanité proposée par Ken et Julia Yonetani se termine dans les anciennes latrines de l’abbaye. Un lustre y est présenté, celui du Japon, puisque après l’accident de Fukushima, le gouvernement japonais avait mis tous les réacteurs nucléaires à l’arrêt.

« Un autre rêve » du duo Yonetani déroule un cauchemar émaillé d’images toutes plus belles les unes que les autres. Un cauchemar dont l’homme est l’artisan et dont on aimerait bien se réveiller, mais il est peut-être trop tard…

Un autre rêve
Jusqu’au 30 août 2015
Abbaye de Maubuisson
Site d’art contemporain du Conseil général du Val d’Oise
Avenue Richard de Tour
95310 Saint-Ouen l’Aumône

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Le Pressionnisme à la Pinacothèque de Paris

Le pressionnisme ? Oui, vous avez bien lu. Rien à voir avec l’impressionnisme, même si la ressemblance des sonorités n’est pas anodine. Il s’agit d’un mouvement artistique beaucoup plus récent, celui de l’art du graffiti, né il y a quarante ans aux États-Unis. La « pression », c’est celle de la bombe aérosol. L’exposition présente près d’une centaine d’œuvres, réalisées essentiellement sur toile, entre les années 1970 et 1990.

Le mouvement naît aux États-Unis où, dès 1972, des artistes du graffiti se regroupent pour créer dans des ateliers et exposer leurs oeuvres dans les galeries. Les premiers protagonistes sont notamment Coco et Phase 2, les artistes du graffiti prenant toujours un surnom, voire plusieurs, au cours de leur carrière.

C’est un des mérites de l’exposition : nous apprendre que ces artistes quittent très tôt la rue, à laquelle on a tendance aujourd’hui encore à les assimiler, s’associent et ne vont cesser au cours de l’histoire du mouvement de dialoguer, de se mesurer, voire parfois de créer des œuvres collectives.

Le graffiti, c’est une surface colorée entourée d’un trait, à ne pas confondre avec le tag, simple signature de l’artiste au trait noir. La couleur, on l’obtient par la bombe aérosol, plus difficile à maîtriser qu’il n’y paraît puisqu’il faut plusieurs années de pratique pour composer avec ce pinceau urbain.

Quatre paramètres entrent en compte : distance, vitesse, inclinaison de la bombe et pression. La maîtrise du geste de Phase 2 n’en laisse que plus rêveur. Différence majeure avec la peinture traditionnelle : l’impossibilité de mélanger les couleurs. Celles-ci ne sont pas mélangées, mais juxtaposées.

L’exposition illustre l’évolution du mouvement. Au fur et à mesure, on assiste à une complexification du lettrage. Plusieurs écoles se développent. Tracy invente le Wild Style, où les lettres se fondent et tendent à se rapprocher de l’abstraction.

De grands noms passent par là : Andy Wahrol notamment, qui « sort » Basquiat et Keith Haring du graffiti. Une seule femme est présente dans l’exposition : Lady Pink, au style très figuratif. On est déçu de ne trouver qu’une seule œuvre d’elle exposée.

Dans les années 80, Bando, un Franco-américain, importe la pratique du graffiti en France et invite à travailler des artistes américains et européens. Collaboration, travail collectif, émulation… le mouvement reprend les mêmes dynamiques qu’aux États-Unis. La première école française émerge.

Des créateurs de mode, Agnès B. en tête, s’y intéressent et leur offrent une visibilité supplémentaire. La créatrice prête d’ailleurs trois œuvres à la présente exposition. Les esquisses préliminaires exposées montrent que les œuvres sont le fruit d’un travail mûri et n’ont rien de spontané, comme certains pourraient le croire.

 

L’exposition rappelle que ce mouvement, que le grand public continue de considérer comme récent, est déjà ancien et s’expose depuis longtemps dans les musées et galeries. La première exposition officielle américaine date de 1980, celle européenne, aux Pays-Bas, de 1983.

Le visiteur n’assiste donc pas aux débuts d’un mouvement, mais au début de l’écriture de son histoire – en tout cas en France. Entre enthousiasme des collectionneurs et story-telling, le mouvement, doté désormais d’un nom respectable, n’attend pas la reconnaissance pleine et entière de l’institution pour se faire sa place.

Exposition Le Pressionnisme, les chefs-d’oeuvre du graffiti sur toile
Jusqu’au 13 septembre 2015
La Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine – 75008 Paris
Tarif plein : 13 € – Tarif réduit 11 €

Tarif réduit : jeune de 12 à 25 ans, étudiant, demandeur d’emploi, Maison des artistes, guide conférencier, accompagnateur Pinacopass
Gratuité : enfant de – 12 ans, titulaire carte d’invalidité, accompagnateur personne invalide, bénéficiaire du RSA, de l’ASS, de l’ASPA, guide conférencier et professeur ayant une réservation de groupe, journaliste, ICOM

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Le Festival Chromatic à Paris

Ce festival Montréalais arrive pour la première fois à Paris à la Cité de la Mode et du Design du 2 au 4 avril 2015.

Pendant 3 jours, ce festival pluridisciplinaire regroupe plus d’une centaine d’artistes contemporains qui présentent leurs œuvres autour de la thématique « Colors ». Par ailleurs, une série de concerts aura également lieu pendant la Nuit Chromatic le jeudi 2 avril et le public pourra s’initier à la sérigraphie ou encore se faire tatouer.

Le festival est articulé autour de trois temps forts :

  • La Nuit Chromatic : une Art Party incontournable qui regroupe la nouvelle scène musicale montréalaise et parisienne pour des concerts exceptionnels, avec la présence de tatoueurs et ateliers de sérigraphie.
  • La Block Party Chromatic : un rendez-vous musical visant à promouvoir l’art urbain avec huit heures de musique, de street art en live et de photo- graphies monumentales.​
  • Le Piknic Électronik Paris et Puces Chromatic : les Piknic Électronik s’installent à Paris pour la première fois, au sein de Chromatic ! Musique électronique, ateliers, sérigraphies et marché graphique proposé par le Campus de la Fonderie de l’Image à parcourir en famille.

Cité de la Mode et du Design
34 Quai d’Austerlitz, 75013 Paris
du 2 au 4 avril 2015

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article écrit par Sandrine et Melle Bon Plan
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3 réflexions au sujet de « Petite sélection des expos de mars »

  1. Merci pour cette sélection intéressante et variée de manifestations artistiques …. et aussi pour la qualité de la présentation (rédaction et iconographie).
    J’ai également vu et apprécié l’exposition Mongkut et suis bien tentée par celle du Mudo!

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